Dans un contexte post arrếté tarifaire pour le photovoltaïque, mais aussi de l’augmentation du prix des énergies, GECLER vous propose ce mois-ci de faire un léger pas de côté et d’aller voir ce qui se passe ailleurs en France. Direction l’Auvergne-Rhône-Alpes, où deux sociétés citoyennes mettent à contribution l’énergie solaire, mais sous forme de chaleur cette fois-ci !

Le solaire thermique, comment ça marche ?

Le solaire thermique consiste à utiliser l’énergie du rayonnement solaire pour chauffer directement un liquide caloporteur circulant dans des capteurs, ce qui va permettre d’alimenter un réseau de chauffage, de faire de l’eau chaude sanitaire, etc. Son application va du logement individuel (CESI ou SSC), jusqu’aux réseaux de chaleur ou à l’industrie en passant par les équipements collectifs.

Crédits photos : Solux, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

Pourquoi développer le solaire thermique citoyen ?

Jusqu’à présent, la plupart des projets citoyens se sont concentrés sur la production d’électricité, par le biais du photovoltaïque ou de l’éolien.

Pour autant, la production de chaleur renouvelable est un enjeu incontournable, car jusqu’à 80 % de notre consommation d’énergie dans un bâtiment a lieu sous forme de chaleur, et est encore bien souvent fournie par des énergies fossiles (gaz ~ 40 %, fioul ~25 %).

Le développement du solaire thermique mais aussi du bois énergie, dans le cadre ou non d’un projet citoyen, est donc un véritable levier pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles ainsi que leurs impacts sur le changement climatique. Face à l’électrification des usages, c’est également un moyen de diversifier les sources d’énergies, dont les collectifs citoyens peuvent s’emparer.

Voici un aperçu de projets citoyens de solaire thermique, en deux exemples :

Du solaire thermique citoyen en logement collectif, l’exemple de Buxia Energies et du Préau des Colibris

La société citoyenne Buxia Énergies, créée sur la communauté d’agglomération du Pays Voironnais, en Isère, a équipé 13 toitures avec des panneaux photovoltaïques depuis sa création en 2015, ainsi que la première centrale solaire thermique citoyenne de France !

L’idée de cette dernière est née en 2016, en appui d’un projet d’habitat partagé et éco-construit à Voiron, le Préau des Colibris. Les futurs copropriétaires souhaitaient adopter une démarche globale, en intégrant des éco-matériaux et en alimentant le bâtiment avec des énergies renouvelables. Cependant, la construction mobilisant déjà toute la capacité à s’endetter de plusieurs copropriétaires, il leur était difficile de financer, en plus, l’installation de moyens de production d’énergie renouvelable.

L’intervention de Buxia Énergies a permis de pallier à ce problème, en portant en tiers investissement l’installation solaire thermique de 6 kW, ainsi que 9 kWc de photovoltaïque. C’est donc elle qui est propriétaire des installations.

Crédits photos : Énergie Partagée

L’exploitation de la partie photovoltaïque suit le modèle traditionnel des grappes photovoltaïques citoyennes (vente de l’électricité produite par Buxia pendant 20 ans dans le cadre de l’obligation d’achat et versement d’un loyer aux copropriétaires, rassemblés dans une société civile immobilière).

Pour la partie solaire thermique, le schéma est différent, voire s’inverse : Buxia met à disposition les équipements (et la chaleur produite) aux copropriétaires du bâtiment. Ceux-ci versent à leur tour un loyer à Buxia, calculé à partir des économies espérées par rapport à l’utilisation du gaz. Au bout de 10 ans, lorsque l’installation sera amortie, il est prévu que sa propriété revienne aux habitants.

Aurance Energies : Le solaire thermique au service d’ Ardelaine

En Ardèche cette fois-ci , la société citoyenne Aurance Energies a participé à l’équipement d’une toiture en construction sur le site d’Ardelaine avec 25 m² de panneaux solaires thermiques (soit 16,3 kW) et de 144 m² de panneaux photovoltaïques (soit 30 kWc).

La coopérative Ardelaine travaille sur la valorisation locale de la filière laine. En plus de ses diverses activités de transformation, elle accueille également du public sur son site.

L’installation de panneaux thermiques et photovoltaïques en autoconsommation vise à baisser les consommations d’Ardelaine d’environ 20 %, toutes énergies confondues. La chaleur produite par l’installation solaire thermique est utilisée pour chauffer et produire l’eau chaude sanitaire du restaurant et de la conserverie.

Crédits photos : Aurance Énergies

L’intervention d’Aurance Energies, qui a porté l’investissement des deux installations, a donné la possibilité à Ardelaine de conserver sa capacité d’investissement pour ses activités propres, tout en réduisant ses consommations de propane et d’électricité.

Les installations sont mises à disposition d’Ardelaine via une convention longue durée. Lors de son écriture plusieurs points principaux ont été mis en discussion : la durée de la convention en lien avec celle de l’amortissement des installations (car il n’y a ici pas d’obligation d’un contrat de 20 ans comme dans le cadre de la revente de l’électricité à EDF); le prix du loyer, pour permettre à Ardelaine des économies effectives et à Aurance de réaliser un petit bénéfice en fin d’exploitation ; le rôle de chaque structure pour la maintenance, les conditions de fin d’exploitation, …

Des modèles encore à construire

Ces deux initiatives, novatrices, ont permis un premier défrichage du cadre juridique à donner à ce type de projet. Si le modèle contractuel est encore à parfaire, des facteurs de réplicabilité ont d’ores et déjà été identifiés, notamment par Auvergne Rhône-Alpes Énergie Environnement qui a produit une fiche de retour d’expérience sur le Préau des Colibris, à retrouver ici.

Alors, pourquoi pas une première centrale solaire thermique dans le Grand Est ?

Pour approfondir le sujet, vous pouvez également consulter les ressources suivantes :